Les déclarations-chocs de Trump contre l’Europe et Angela Merkel

Le président élu des États-Unis s’en est pris aux politiques européennes dans des entretiens à la presse. L’Europe et Berlin répliquent.

Les vives critiques du président élu américain Donald Trump sur l’Union européenne et l’Otan doivent inciter les Européens à se « ressaisir » pour faire preuve d’« unité » et d’« assurance », ont réagi lundi plusieurs dirigeants de pays de l’Union européenne. La détente à l’égard de la Russie, « l’erreur catastrophique de Merkel » sur les migrants, l’Otan « obsolète » : Donald Trump a multiplié les déclarations-chocs en commentant dimanche l’actualité européenne, cinq jours avant sa prise de fonctions vendredi à la Maison-Blanche.
Dans un entretien aux quotidiens britannique Times et allemand Bild, il a aussi estimé que le Royaume-Uni a « eu bien raison » de quitter une Union européenne, selon lui, dominée par l’Allemagne. Il a prédit que le Brexit serait un « succès » et que d’autres pays quitteraient l’Union européenne. Donald Trump a estimé également que « d’autres pays vont quitter » l’Union européenne. « Je crois vraiment que s’ils [les pays de l’Union européenne] n’avaient pas été obligés de prendre tous les réfugiés, avec tous les problèmes qui vont avec, il n’y aurait pas eu de Brexit ». « Les peuples, les gens, veulent leur propre identité et le Royaume-Uni voulait sa propre identité ».
La chancelière allemande Angela Merkel, qui a critiqué plusieurs fois Donald Trump publiquement, a également reçu une salve du futur président américain. « Je pense qu’elle a fait une erreur catastrophique et que c’était de prendre tous ces migrants illégaux », a lâché Donald Trump. « Nous ne voulons pas que des gens de Syrie viennent chez nous, des gens dont nous ignorons qui ils sont, a déclaré le président américain. Je ne veux pas faire comme l’Allemagne. À ce propos, je dois dire que j’ai beaucoup de respect pour Merkel. Mais je trouve que ce qui s’est passé là-bas est très malheureux. Vous savez que j’aime l’Allemagne, parce que mon père venait d’Allemagne. Mais je ne veux pas qu’on se retrouve dans la même situation. Nous avons déjà assez de problèmes comme ça. »
La chancelière allemande avait décidé en septembre 2015 d’ouvrir ses frontières à des centaines de milliers de migrants, dont une partie fuyait la guerre civile en Syrie. Selon le milliardaire, les conséquences de cette politique d’accueil se sont fait récemment « clairement sentir » – une allusion à l’attentat au camion-bélier contre un marché de Noël à Berlin le 19 décembre, qui a fait 12 morts, revendiqué par l’organisation djihadiste État islamique.
Donald Trump a jugé que Berlin, plutôt que d’accueillir des réfugiés, aurait mieux fait de militer pour des zones d’exclusion aérienne en Syrie pour protéger la population des bombardements. « Les pays du Golfe auraient dû payer pour ça, après tout ils ont plus d’argent que quiconque », a-t-il dit.
Vive le Brexit

Ce n’est pas tout. Donald Trump a aussi accusé l’Allemagne de dominer l’Union européenne. « Vous regardez l’Union européenne […], c’est en gros un instrument pour l’Allemagne. C’est la raison pour laquelle je pense que le Royaume-Uni a eu bien raison d’en sortir », a dit le président élu. Le Brexit sera « un succès », a-t-il assuré, annonçant vouloir conclure un accord commercial avec le Royaume-Uni « rapidement et dans les règles » et rencontrer « très rapidement » la Première ministre britannique Theresa May. Ces propos tranchent avec ceux de Barack Obama, qui avait annoncé que le Royaume-Uni se retrouverait en bout de file d’attente pour conclure des accords commerciaux avec les États-Unis si jamais il quittait l’Union européenne.
Il a aussi taclé l’industrie automobile allemande : “Je dirais à BMW que s’il veut construire une usine au Mexique pour vendre des voitures aux États-Unis sans une taxe de 35%, il ferait mieux d’oublier”, a lancé le milliardaire interrogé sur l’usine que le constructeur de Munich (sud) veut ouvrir en 2019 dans le nord du Mexique.
De “bons accords” avec Moscou

Une fois réglé son compte à l’UE, Donald Trump a une nouvelle fois tendu la main à Moscou, en froid avec l’administration de son prédécesseur qui l’accuse d’ingérence dans l’élection présidentielle américaine, évoquant la possibilité d’un accord de réduction des armements nucléaires avec la Russie en échange de la levée des sanctions qui la frappent. « Voyons si nous pouvons faire de bons accords avec la Russie. Je pense que l’armement nucléaire doit être très sensiblement réduit, ça en fait partie », a dit le président élu, qui ne cache pas son admiration pour le président russe Vladimir Poutine. « Les sanctions font très mal à la Russie, mais je pense qu’il peut se produire quelque chose qui sera profitable à beaucoup de gens. »
Juste avant Noël, Donald Trump avait ravivé le spectre d’une course aux armements en prévenant que les États-Unis répondraient à tout accroissement de l’arsenal nucléaire d’une autre puissance, sans citer la Russie ou la Chine.
L’Otan “obsolète”

Sujet d’inquiétude récurrent pour les Européens au moment où la Russie fait jouer ses muscles, le milliardaire a réitéré ses critiques contre l’Otan « obsolète », reprochant à ses États membres de ne pas payer leur part de la défense commune et de se reposer sur les États-Unis. « J’ai dit il y a longtemps que l’Otan avait des problèmes. En premier lieu, qu’elle était obsolète parce qu’elle a été conçue il y a des années et des années » et « parce qu’elle ne s’est pas occupée du terrorisme. […] En deuxième lieu, les pays [membres] ne payent pas ce qu’ils devraient », a estimé Donald Trump.
Peu d’États de l’Alliance atlantique atteignent le niveau de 2 % de leur produit intérieur brut pour les dépenses militaires, l’objectif que s’est fixé l’Otan en 2014. Durant sa campagne présidentielle, Donald Trump avait déjà tenu des propos similaires, paraissant remettre en cause l’obligation de solidarité entre pays membres de l’Otan en cas d’agression s’ils ne contribuaient pas plus aux dépenses. Les États-Unis portent environ 70 % des dépenses militaires de l’organisation.
La réponse de l’UE

Devant ces attaques en règles, Angela Merkel lui a répondu lundi : “Je pense que nous, les Européens, avons notre destin dans nos propres mains. Je vais continuer de m’engager pour que les 27 États membres travaillent ensemble vers l’avenir(…) face aux défis du XXIe siècle”, a-t-elle déclaré, alors qu’elle était interrogée lors d’une conférence de presse sur les propos de Donald Trump. Les déclarations du président américain, qui doit entrer officiellement en fonction vendredi, ont eu beaucoup de retentissement à Bruxelles, lieu d’une réunion lundi des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne.
Si le Britannique Boris Johnson s’est singularisé en qualifiant de « très bonne nouvelle » la main tendue par Donald Trump pour un accord commercial rapide entre Washington et Londres, plusieurs ministres européens ont appelé à afficher un front uni. « La meilleure réponse à l’interview du président américain, c’est l’unité des Européens », c’est de « faire bloc », a ainsi affirmé le Français Jean-Marc Ayrault. En Allemagne, le vice-chancelier Sigmar Gabriel a souligné l’importance pour l’Europe de « ne pas tomber dans une profonde dépression » et de se « ressaisir » en faisant preuve d’« assurance ».
Il a également défendu son industrie automobile : S’il mettait ses menaces à excécution, “l’industrie automobile américaine en sortira moins bonne, plus faible et plus chère”, a réagi Sigmar Gabriel. Le vice-chancelier, également ministre de l’Economie, a dit espérer que M. Trump, une fois en fonctions, “réalisera à quel point les relations économiques sont diverses”. “Nous ne sommes pas en quelque sorte soumis à lui, nous avons également des choses à offrir”, a-t-il affirmé. Par la voix de son président, Matthias Wissmann, la fédération allemande de l’automobile VDA a dit “prendre au sérieux les déclarations” de Donald Trump, même s’il “reste à voir si (elles) seront mises en oeuvre par l’administration américaine” alors que le Congrès aura son mot à dire.
L’Otan a redit pour sa part sa « confiance absolue » dans le maintien d’un « engagement fort » des États-Unis, alors que Donald Trump risque d’alimenter les craintes de pays – en particulier ceux du flanc est de l’Alliance – qui s’inquiètent de son arrivée et d’une possible détente avec Moscou.

SOURCE AFP

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