Lancement des Minutes citoyennes: Selon M Ted Azouma, ’’le bénévolat, une stratégie efficace de développement’’

La fondation Guiemann organise ce jeudi 1er février 2018 au centre Andrew Young au Plateau, la 1ère édition dénommée « Les Minutes citoyennes » sur le thème : « Bénévolat : Stratégie de développement des communautés en Côte d’Ivoire? ». Cette communication a été animée par M Ted Azuma, Chef de service Juridique du groupe Fraternité Matin et Directeur exécutif adjoint de l’institut National des Administrateurs. Voici l’intégralité de sa communication.

La recherche d’une vie meilleure a conduit les hommes à réguler leurs rapports en se fixant des lois et règlements, qu’ils ont trouvé utile de fondre dans des systèmes et des institutions qui elles fonctionnent en mettant en place des politiques et des plans. Ces systèmes et institutions permettent de mettre en mouvement les affaires de l’Etat au profit de la population. Mais bien souvent, des exigences et des contraintes extérieures peuvent empêcher le système de fonctionner en faveur de la cible. A ce moment, lorsque l’Etat connait quelques limites à couvrir les besoins du citoyen, les communautés prennent le relai, en s’appuyant sur les bonnes volontés. Les domaines de la santé, de l’éducation, de la justice, du sport, de la culture et des arts bénéficient bien souvent de cette sollicitude de la communauté.
Contrairement au travail fourni par l’Etat et les entités privées, le travail des communautés et celle des bonnes volontés ne se paient ou peu. La grande récompense se loge dans la satisfaction d’un besoin, dans la résolution d’un problème. Du fond des âges, les hommes ont ainsi appris à se tenir la main, à être solidaire. Cette solidarité se trouve sous des vocables différents selon le pays ou la culture à laquelle nous appartenons.
S’agit-il de bénévolat, de volontariat, de service civique, d’aide à la personne ? Comment se pratique-t-elle à travers le monde ? Quelle serait la situation en Côte d’Ivoire et quelles sont les perspectives pour notre pays ?
Ces quelques questions appellent à la réflexion devraient permettre d’initier un vaste mouvement ancré dans les valeurs des communautés locales pour être au service du développement de la Côte d’Ivoire.

I/ APPROCHE DE DEFINITION
S’agit-il de bénévolat, de volontariat, d’aide à la personne, de service civique ? Pour en avoir le cœur net, recourir à la bonne vieille méthode des définitions semble être une solution fiable.
Le bénévolat est une activité non rétribuée et librement choisie qui s’exerce en général au sein d’une institution sans but lucratif: association, ONG, syndicat ou structure publique. Celui ou celle qui s’adonne au bénévolat est appelé « bénévole » qui vient du latin « benevolus » qui signifie « bonne volonté ».
Contrairement au bénévole, le volontaire s’engage par voie de contrat pour une durée définie, pour un nombre d’heure défini. De plus, il perçoit une indemnité chaque mois. Il s’engage dans une mission au service des autres. Il existe des dispositifs en France ou à l’étranger.
Il est important de souligner que si ces deux termes semblent similaires, ils recèlent de fortes différences qui en creusent les caractéristiques propres. En effet, le bénévolat souligne l’absence de rétribution et l’engagement volontaire qui en réalité n’est pas contraire à l’existence de contrat dans le cadre du volontariat (l’acceptation libre en étant l’un des éléments essentiels dans la formation d’un contrat) où il existe une rétribution appelée indemnité. Cependant, le trait le plus fort du volontaire pourrait être : la mission au service des autres.
Ces deux termes s’opposent frontalement à la notion de salarié qui comporte trois(3) éléments distinctifs : la rémunération, la prestation de service et le lien de subordination.
Dans le travail salarié, il n’est point question non plus de service aux autres ou d’aide à la personne et ici la rémunération constitue avec la prestation les éléments du rapport synallagmatique.
En ce qui concerne le Service civique, il se définit comme un engagement volontaire au service de l’intérêt général. En France, il est ouvert aux jeunes de 16-25 ans, élargi à 30 ans aux jeunes en situation de handicap.
Les définitions ici présentées prennent sens selon le pays où l’on se trouve et selon l’orientation qui pourrait être tributaire de l’histoire vécu par le peuple et par la force que la puissance publique convient d’insuffler dans cette aide à la personne.
Ceci nous conduit à un voyage à travers quelques pays.

II/ LE BENEVOLAT : UNE CARTE DU MONDE DE LA SOLIDARITE
Dans le monde, le volontariat trouve sa source dans les croyances traditionnelles, religieuses notamment et les pratiques communautaires. Pour les arabes, le volontariat a été associé à l’assistance portée à autrui lors de célébrations ou dans les moments difficiles, et il est considéré comme un devoir religieux et une œuvre de charité. C’est le « tatawa’a » ( عوطت ) qui signifie « faire le don de quelque chose ». Il signifie aussi l’engagement dans une activité charitable qui n’est pas comprise comme un devoir religieux. En Afrique australe, le fameux concept d’Ubuntu définit les rapports entre individus et les invitent à être agréables les uns pour les autres.
Aux Etats Unis, le bénévolat est l’une des choses les mieux partagées. Premier pays du monde pour le bénévolat: au moins 65 millions d’Américains se sont engagés comme volontaire entre septembre 2014 et septembre 2015 et parmi les plus engagés se trouvent les retraités et les femmes. Ces chiffres nous viennent du Bureau of Labor Statistics (US Department of Labor). En réalité, l’on peut aisément comprendre que les Etats Unis disposent d’une vieille tradition de bénévolat de par la qualité de son histoire. En effet, cette nation est essentiellement constitué de peuples d’immigrations qui ont dû affronter les peuples trouvés sur place avant de se faire la guerre pour retenir l’idéal commun devant s’imposer à tous.
La démocratie s’est construite dans ce pays comme dans beaucoup d’autres au bout de sacrifices. C’est cette situation qui a certainement favorisé l’émergence de mouvements et confessions religieux forts et de communautés solides habituées à résoudre leurs problèmes. Lorsque le français Alexis de Tocqueville visite les USA en 1820, il est frappé par la qualité du mouvement bénévole et note que ce sera la base de la démocratie américaine. A ce jour, force est de constater qu’il n’a pas eu tort. En effet, au fil de son histoire contemporaine, les Usa ont consolidé cette culture d’aide, d’assistance à la personne. Et cette culture est régulièrement portée au plus haut niveau par les hauts dirigeants et des personnalités modèles.
Lorsqu’en pleine campagne électorale John F. Kennedy interpelle le 1er mars 1961, les étudiants de l’université de Michigan par cette formule désormais célèbre, il vient de lancer l’un des plus vaste et plus efficace mouvement bénévole du monde : Peace Corps.
A partir de 28 août de la même année près de 6300 volontaires américains gonflés à bloc envahissent le monde les mains nues mais la tête pleine. Le Ghana et la Tanzanie sont les premières terres africaines qu’ils foulent. Le programme marche si bien qu’une version domestique (US-US) est adoptée, il s’agit de l’Americorps. En 2009, Barack OBAMA lancera United we Serve, cet autre programme au service des communautés défavorisées.
Le bénévolat développé dans tous les domaines contribue au fonctionnement de nombreuses institutions culturelles notamment éducationnelles. Les missions des bénévoles sont diverses : assurer la promotion de l’institution culturelle dans la ville, s’occuper des guichets, guider les visiteurs dans les musées.
En 2010, près de 63 millions d’Américains ont fait don de plus de 8 milliards d’heures de travail d’une valeur estimée à 173 milliards de dollars. Pour une population totale qui tourne autour de 323 millions d’habitants, ceci est un record.
En France, les chiffres sont moins forts, le nombre de bénévoles se situe autour de 18 millions en général et se concentre dans les domaines de l’éducation, du sport, des arts et la santé. C’est le général De Gaulle qui lance l’initiative des bénévoles en France. Ce mouvement connait un succès. Il se caractérise par un soutien important d’hommes de cultures, de stars, ou de religieux parmi les plus célèbres Coluche avec les Resto du Cœur, l’Abbé Pierre, ou les Enfoirés.
En Grande Bretagne, les confessions religieuses en ont fait un excellent outil d’action sociale, et l’excellent travail de Robert Baden Powell a donné ce merveilleux instrument de socialisation des jeunes qu’est le scoutisme.
En Côte d’ivoire, il y a très peu de chiffres disponibles mais il faut reconnaitre que le bénévolat tire sa source dans nos cultures locales, reconnues comme traditionnellement hospitalières et bienveillantes. Les confessions religieuses ont assis un socle à travers les mouvements des scouts, des CVAV, des services d’ordre, et autres mouvements au service de la communauté. L’on tarde à récupérer la ferveur religieuse de ces dernières années.
III/ QUEL BENEVOLAT POUR LA COTE D’IVOIRE ?
Comme nous l’indiquions au départ, un peuple, une communauté trouve des solutions internes à travers l’action bénévole dans les moments difficiles notamment. L’histoire de la Cote d’Ivoire a été fortement secouée par endroit et nous n’avons pas encore trouvé le bout du tunnel. Pendant la crise de 2002, il y a bien eu des enseignants volontaires dans le nord du pays pour permettre aux enfants restés dans ces zones de bénéficier d’un enseignement adéquat. Les grands moments sportifs, comme la Coupe d’Afrique en 1984 et les jeux de la Francophonie tout récemment, ont suscité aussi le recours à des bénévoles. Mais après le soufflé retombe. De nombreuses initiatives aussi sporadiques qu’isolées existent et soulagent les populations, cependant, nous gagnerions à les coordonner et à mieux les organiser. Sans oublier que les faiblesses majeures de la société civile restent l’addiction prononcée pour les subventions des bailleurs de fonds, la mauvaise gestion de ces fonds et l’inclinaison régulière à s’inféoder aux partis politiques. L’occasion est belle de structurer une société civile nationale solide pour une meilleure cohésion sociale, tant le pays regorge de potentialités culturelles, économiques importantes et que la Cote d’Ivoire compte pour être la locomotive en Afrique de l’Ouest.
Comment le faire ?
– Mener une étude sociologique sur les bonnes pratiques de bénévolat (traditionnelles) en Côte d’Ivoire.
– Recueillir les données relatives à l’action de la société civile dans le but d’établir un état des lieux.
– Promouvoir les modèles pour les plus jeunes.
– Susciter ou obtenir l’engagement de personnes publiques.
– Répliquer le modèle d’Americorp en Côte d’Ivoire en nous appuyant sur les valeurs nationales.
– Mettre au centre des projets bénévoles les plus jeunes (4 à 18 ans) qui constituent l’avenir de demain.

La Fondation Guiemann par la présente initiative commence une grande œuvre qui si elle est menée à bien sauvera la Cote d’Ivoire. Il convient dans ces conditions de l’encourager et de s’y engager. L’efficacité du soutien dont la Fondation a besoin, réside dans la contribution que nous apporterons à toutes les actions qu’elle mènera pour faire du bénévolat une stratégie efficace de développement. Et le succès de ce choix devra se fonder à notre avis sur une réflexion préalable qui se nourrit d’actions de terrains. Il faudra réfléchir tout en agissant.
Pour Nelson Mandela le bénévolat c’est l’image de : « Quelqu’un qui se déplace à travers un pays s’arrête dans un village et n’a pas à demander à manger »

Abidjan le 31 janvier 2018

AZOUMA Ted

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *